| www.bignolais.com | 1980 | |||||
| Hideusement ouvert (sic) ! | Lettre du 19 mars 1980 de Monsieur Louis Leygue, académicien, à Gérard Bignolais | |||||
| Gérard
BIGNOLAIS Antony, le 21 Juillet 1980 Monsieur, Copie : Secrétariat de Formes Humaines |
Cher
Monsieur, J'aurais préféré, je vous l'assure, vous écrire Cher amis ou encore cher confrère (ce qui implique une grande différence). Mais là, c'est impossible et par votre faute |
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| Il
y a tous les confrères, les bons, les moins bons, les excellents
peut-être, vous êtes justement de ceux qui font que lon
ne sait plus (ou, mais pas moi, j'en prends le risque), que l'on ne sait
plus faire la discrimination. Pourquoi bon ? pourquoi mauvais ? Encore ce combat à tâtons, toutes lumières éteintes, se situe-t-il entre des murs que je croyais solides et clos : le champ de la sculpture. Et il est vaste. Mais pas assez paraît-il. C'est ici vraiment que se situe votre cas et celui d'autres personnes comme vous, dont le nombre ne fera que croître. Reprenons les choses par leur base (mais je vous préviens que je n'irai pas loin). Qu'est ce que la peinture ? Réponse que donne le XXe siècle : de la pâte colorée étalée sur une surface. La toile, dans les ventes a plus de valeur, donc on étale la couleur sur des "toiles". Et en avant le "nimporte quoi". Qu'est-ce que la sculpture ? Réponse du XXe siècle, au moins pour sa deuxième moitié : une "création à trois dimensions", quelque chose qu'on peut toucher, qui est là (hélas !) et que, de déchéance en déchéance, déviation en ersatz, on fait le plus encombrante possible.e plus inattendue en tout cas. Alors voyez (si vous le voulez, moi je ne regarde plus jamais) les "expositions" dans les jardins publics, sur les marches des palais, sur la place de la Concorde, dans Notre-Dame, à L'Elysée si personne ne s'y oppose. Les années passant, la surprise est passée, l'écurement a fait place à l'indifférence (on pourrait faire une large digression sur l'action véhémente des syndicats qui revendiquent des droits à l'existence pour quelque chose qu'on aura tué, et qui par conséquent n'existe plus, sinon pour faire fonctionner certains services administratifs). Pas de digression donc. D'autres gens que moi s'en sont aperçu; |
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très précieuse.
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| de
cet état lamentable des choses. Dont vous, précisément. |
Dans
le vrai, qui permet "dexpliciter le vécu quotidien à son niveau du moi, du ça, du surmoi etc". Eh bien ce vrai, par un paradoxe visqueux et insaisissable, ce vrai est faux. Je vous en veux, Monsieur, non par jalousie de vos capacités de mouleur, mais parce que vous ne forcez à prendre la position du Père noble, du Justicier, du représentant du Droit, de la Vertu, de la Logique, du bon sens et de bien d'autres choses, toutes celles que vous voudrez. L'avez-vous pensé? Certaines femmes portent en parure, la croix qui a été instrument de torture Il se peut que vos moulages de corps douloureusement meurtris par de nécessaires opérations, soient pour vous la révélation d'une souffrance qui vous est personnelle. Ce serait, croyez le, quelque chose que je respecterais infiniment. Mais lépoque actuelle (qui pour vous et selon lusage est forcément la meilleure), accorde à l'artiste le privilège d'exposer son propre cas, de faire de lui la vedette de dramatiques qui ne sont souvent que guignolades. Sans élargir le débat sur le péril d'une telle attitude (qui risque fort dêtre une décadence), et pour rester dans le domaine qui nous occupe, les hommes de métier, et j'entends les hommes sensibles, ne doivent pas confondre un corps humain mutilé avec un antique brisé, pas plus qu'ils ne doivent confondre le corps à corps terrible mais amical avec la matière, avec la pratique habile dune technique, par ailleurs |
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